La loi Pécresse

Publié le par A.B.

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Votée le 26 juillet 2007, la loi sur l’autonomisation des universités proposée par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, fait aujourd’hui des remous parmi les étudiants. Quelle est donc cette loi qui provoque blocages de facs, grèves estudiantines et distribution intensive de tracts ?

Financement

 

Pour l’UNEF ou le CESAU (Collectif étudiant contre la loi d’autonomie sur les universités), autonomisation rime avec privatisation. En fait, le texte prévoit simplement que chaque université puisse avoir recours au mécénat d’entreprises afin de récolter des fonds, dont elle disposera selon son bon vouloir. Cette proposition a priori inoffensive risque pourtant d’avoir un effet pervers : la concurrence entre les universités (pour obtenir des mécénats) pourrait rapidement creuser un fossé entre des universités « élites » et des universités de seconde zone (mais avec ou sans mécénat, n’est ce pas un peu le cas ?).    


Toutefois, selon Valérie Pécresse, le mécénat n’est qu’un levier de financement complémentaire, l’Etat ne se désengageant pas de ses responsabilités envers l’enseignement supérieur et la recherche. Au contraire, la ministre insiste sur le fait que le budget alloué aux universités est en augmentation (5 milliards d’euros d’ici cinq ans). L’autonomisation des universités n’aurait donc pas pour but d’alléger les dépenses de l’Etat, mais de les rendre plus efficaces. D’une part, chaque université deviendrait propriétaire de ses murs, et pourrait donc en tirer des bénéfices (locations événementielles…). D’autre part, la gestion de l’ensemble des universités serait décentralisée, des décisions pourraient donc être prises plus rapidement, et surtout elles tiendraient compte des spécificités locales. Ainsi, chaque université pourrait choisir une stratégie de recherche spécifique et s’y tenir, les recrutements des professeurs seraient plus rapides, les formations seraient plus adaptées au tissu industriel régional… 

Conséquences sur les étudiants

Mais concrètement, qu’en sera-t-il des frais d’inscription, qui participent eux aussi au financement des facs ? Selon Valérie Pécresse, ils augmenteront proportionnellement au coût de la vie, mais ils seront toujours fixés par l’Etat. Par conséquent, une université en mal de mécénat ne pourra pas compenser ce « manque à gagner » par la hausse de ses droits d’inscription.
D’un point de vue organisationnel, la loi prévoit une nouvelle composition du Conseil d’Administration, plus flexible. On passera de vingt à trente membres (alors qu’il y en a une soixantaine actuellement), dont deux à trois représentants des collectivités territoriales et au moins un chef d’entreprise (ou un cadre dirigeant d’entreprise). Le président d’université aura davantage de pouvoir (droit de veto sur les recrutements…) et pourra même nommer certaines des personnalités extérieures du Conseil (représentants des collectivités et professionnels). Dans le même temps, la représentativité des étudiants diminuera environ de moitié. En effet, malgré la création du poste de vice-président étudiant (élu par le Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire), les syndicats étudiants passeraient de quinze à trois représentants.


Il est également prévu que la « sélection » des étudiants soit plus précoce. Afin d’uniformiser les diplômes au niveau européen et donc de les rendre compétitifs, le « tri » se ferait dès le Master 1 alors qu’actuellement, la sélection se fait à l’entrée en Master 2. L’obtention du baccalauréat reste donc la seule sélection à l’entrée de l’université. Toutefois, selon les syndicats étudiants, le tri se ferait de manière détournée. En effet, ils craignent que les bourses soient attribuées au mérite plutôt que selon des critères sociaux, les étudiants les moins aisés et les moins performants n’ayant alors pas les moyens de poursuivre leurs études.
Cependant, l’essence du texte porte davantage sur l’évolution du contenu des formations vers plus d’employabilité. Dans ce but, les cours d’anglais et d’informatique seront plus nombreux, les modules de professionnalisation (rédaction de CV…) ne seront plus optionnels, et les stages seront obligatoires dans plus de cursus.

La crainte des syndicats étudiants, sous-jacente à cette volonté d’employabilité, est de voir baisser le financement des filières à faibles débouchés, conformément aux déclarations du candidat Sarkozy. La question est alors de savoir si l’université a pour vocation de préparer les jeunes à la vie active et de leur offrir une formation dans le cadre de l’égalité des chances, ou de cultiver les citoyens selon leur bon plaisir comme le permettent les médiathèques, les subventions accordées aux musées, etc… Le débat est ouvert.
Plus généralement, la loi Pécresse se veut être une solution au problème des débouchés professionnels. Ainsi, des bureaux d’insertion professionnelle seront créés dans chaque université (un budget de plusieurs millions d’euros serait prévu à cet effet). En outre, les étudiants ou les diplômés de moins de cinq ans pourront créer leur entreprise sous le statut de « jeune entreprise universitaire » (associant de nombreux avantages : exonérations d’impôts…).

 
L’université de demain aura-t-elle perdu de vue ses objectifs initiaux ? Encore faut-il savoir lesquels : offrir la culture à tous ? permettre l’acquisition des connaissances nécessaires à la santé économique du pays ?
 
Se sera-t-elle développée de manière efficace ? La synergie entre entreprises et universités aura-t-elle porté ses fruits, tant au niveau des débouchés professionnels des étudiants que de la recherche fondamentale et appliquée ?
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Publié dans Economie - Société

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