Médias et politique
Pendant la dernière élection présidentielle, impossible d’aller dans un kiosque sans voir la vie privée d’un politique étalée en une des magazines. Que Voici et Public « peoplisent » les candidats, c’est assez surprenant (François Hollande est quand même moins glamour que Paris Hilton). Et que des revues dites « sérieuses » suivent la tendance sous le couvert de titres plus ambigus (« Les amis de Sarkozy », « Le couple Royal-Hollande », « L’affaire Cécilia »), c’est d’autant plus étonnant (inquiétant ?).
Intérêt public
Mais si cette tendance est toute nouvelle en France, elle est présente au Royaume Uni depuis déjà longtemps. En effet, il y a trois siècles, le philosophe écossais David Hume écrivait « rien n’est plus surprenant pour un étranger que l’extrême liberté dont nous jouissons pour communiquer ce que nous souhaitons au public et pour critiquer ouvertement le roi et ses ministres ».
Ainsi, le quatrième pouvoir ne fait pas de la figuration, il est réellement puissant. Il contre-balance le pouvoir politique d’une manière on ne peut plus efficace. Pendant les dix-sept dernières années du gouvernement Conservateur, pas moins de vingt ministres ont dû démissionner à cause des révélations de la presse. Mais ce qui est intéressant, c’est que lorsque des malversations sont mises à jour, les sommes en jeu au R.U. sont très faibles par rapport aux millions détournés à l’étranger. On peut penser que l’examen rigoureux de la vie privée et publique des politiciens les encourage à être honnêtes.
On constate donc que les citoyens britanniques sont informés beaucoup plus clairement des scandales politiques que la plupart des citoyens du reste du monde. Par exemple, lors de la guerre en Irak, les journalistes anglais ont choqué leurs collègues américains en accusant ouvertement le gouvernement de Tony Blair d’avoir causé le suicide d’un expert en armement.
Sensationnel
Mais faut-il pour autant envier la presse britannique ? Car si elle peut se permettre une telle liberté, c’est parce qu’elle a un réel pouvoir. Et si elle a un réel pouvoir, c’est parce qu’elle est énormément achetée (par jour, 13 000 000 de journaux vendus au R.U. contre 361 000 exemplaires vendus du Monde, le quotidien français numéro un). Or, pour capter l’attention des citoyens, la perfide Albion ne s’encombre pas de déontologie pointilleuse. L’éditeur du Sun, le quotidien le plus vendu outre-manche, déclare simplement que « ce qui est d’intérêt public, c’est ce à quoi le public s’intéresse ». Ainsi, les sujets de ce véritable journal relève plus souvent du divertissement (sport, poitrine, ragots people…) que de faits politiques et sociaux. Et la majorité des scandales politiques relèvent finalement davantage d’affaires de mœurs que d’affaires réellement publiques.
Les médias français semblaient être à l’abri de cet aspect sensationnaliste et vicieux. Par exemple, bien que les journalistes aient été au courant de l’existence de la fille cachée de François Mitterrand très tôt, ils ont préféré garder secret ce détail de sa vie privée. Pourtant, ils semblent de plus en plus prendre pour modèle leurs collègues anglais. Les familles des hommes politiques n’auront jamais été autant mises en avant. Et, les médias ne sont pas les seuls à tirer leur épingle du jeu en éveillant l’intérêt du public. Les hommes politiques aussi y trouvent leur compte. A croire qu’il est plus simple de persuader les électeurs que ce sont de sympathiques humains plutôt que de les convaincre que leurs idées sont intelligentes. Alors lorsque les médias mettent en évidence des dysfonctionnements au sein de ces vies de familles qui semblent si idylliques, il s’agit souvent plus de dégâts collatéraux que d’abus.
Monopole
Mais le rapport entre médias et vie politique est crucial du fait du pouvoir grandissant que détiennent les premiers sur l’opinion du public. Ce rapport devient dangereux lorsque des monopôles se forment. Ainsi, Rupert Murdoch est le propriétaire du Sun, du Times, et de la seule compagnie britannique de télé par satellite. Même si l’on n’a pas la preuve formelle qu’il influe sur l’opinion politique de millions de britanniques, on peut tout de même considérer comme une troublante coïncidence le fait que tout comme lui, la majorité de ses concitoyens étaient opposés à l’Euro, contrairement à la majorité du Parlement.
En France, ce type de monopole est a priori moins prononcé. Toutefois, les différents propriétaires des principaux médias semblent soutenir le pouvoir en place. Ainsi, même un scandale aussi léger que le discours imbibé d’alcool qu’a tenu Nicolas Sarkozy au dernier sommet du G8 a été enterré par nos médias. Les citoyens français ont été informés de cet écart de conduite par Internet et la télévision belge. Cette perspective (les principaux médias soutenant une seule et même opinion, celle des dirigeants) ne paraît pas plus rassurante que la situation au R.U. (le média en situation de monopole soutenant l’opinion de son propriétaire).
Jacques Chirac a un jour déclaré « le mensonge est une pratique détestable contre laquelle nos démocraties occidentales sont largement protégées, grâce, notamment, à l'action de la presse ». C’est tout ce que l’on souhaite, mais a priori, ce n’est pas ce que l’on a.
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