La Chine et les droits de l'Homme

Publié le par A.B.

Le 2 mars dernier, Björk donnait un concert à Shanghai. L'artiste islandaise a ponctué son set par Declare Independance, un morceau originellement consacré au Groenland et aux Iles Féroé, mais qu'elle a exceptionnellement dédié au Tibet. La réaction du ministère de la culture ne se fit pas attendre. Il envisage d'interdire à la musicienne de se produire de nouveau sur le territoire chinois et compte renforcer le contrôle exercé sur tous les artistes étrangers. Voilà une occasion supplémentaire de constater qu'entre la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et son application dans l'Empire du Milieu, il y a un pas.

 

Droits de l'Homme bafoués

 

Tout d'abord, on le constate, la liberté d'expression est bafouée. Le gouvernement la réprime consciencieusement en exerçant des pressions de toutes sortes. La menace qui pèse sur Björk n'est rien comparée à celle qui pèse sur Sun Xiaodi par exemple. Cet homme dénonce depuis plus de dix ans l'exploitation illégale de la mine d'uranium dans laquelle il travaillait. Il a été licencié et sa famille a été victime de discrimination. En 2005, il a accordé un entretien à la presse étrangère. Peu de temps après, il disparaît. Huit mois plus tard, il est libéré de la prison dans laquelle il était officieusement détenu, mais reste sous surveillance constante. Le harcèlement dont il est l'objet ne fait qu'amplifier depuis qu'il a reçu en 2006 un prix international récompensant son engagement contre la radioactivité.

 

Harcèlement, discriminations et tortures sont donc utilisés pour contrer les individus considérés comme opposants au régime, mais la détention est aussi un outil de répression courant. Les laogais, ou camp de "rééducation par le travail", sont l'équivalent des goulags soviétiques. Créés par Mao Zedong, quelques uns existent toujours pour permettre l'emprisonnement de chinois, sans jugements préalables.

 

La peine de mort est également très pratiquée. Les estimations concernant le nombre de condamnés à mort oscillent entre 1 010 et 10 000 pour l'année 2006. Cette peine est toujours d'actualité dans bien des pays, mais son déroulement est particulièrement barbare en Chine. Il s'agit d'exécutions publiques par balles. Les douilles et les liens du condamné sont envoyés à sa famille, accompagnés d'une facture de 80 yuans pour "frais d'exécution".

Mille et une raisons d'être considéré comme opposant au système

 

Les évènements de la place Tian'anmen de 1989 révélèrent au monde à quel point la république Communiste de Chine bafoue les droits de l'Homme. Dans les grandes villes, des étudiants, intellectuels et ouvriers manifestaient. Après plus d'un mois et demi de négociations vaines, les autorités décidèrent de régler le problème dans le sang. L'opération militaire de la place Tian'anmen tua des centaines, voire des milliers, d'insurgés. Beaucoup de rescapés furent emprisonnés dans les laogais, et quelques uns furent condamnés à mort. Il faut savoir que les revendications des manifestants étaient tout à fait légitimes : en tant que citoyens, ils réclamaient des réformes politiques et démocratiques, et surtout, ils dénonçaient la corruption qui viciait tous les rouages de l'administration. A une échelle individuelle, ce type de réclamation est toujours sévèrement puni.

 

Depuis peu, les prisonniers des laogais sont en partie des disciples du Falun Gong, un mouvement spirituel fondé en 1992 sur les valeurs de bonté, patience et vérité. Les autorités chinoises, par crainte de voir cette organisation sociale se substituer à celle qu'ils ont mis en place, accuse ses adeptes d'appartenir à une secte hérétique.

Enfin, on peut considérer que ce sont les indépendantistes de certaine région de la Nation qui sont la cible principale de la répression. Bien que la Constitution chinoise garantisse aux 56 nationalités qui composent la République le droit "de développer leur propre langue parlée et écrite ainsi que de préserver ou réformer leurs propres us et coutumes", les régions autonomes du Tibet et du Xinjiang sont opprimées.

Le gouvernement Tibétain, exilé en Inde, considère son territoire sous occupation étrangère. Mais même en admettant que la présence chinoise soit légitime, on ne peut que constater que la liberté de culte n'est pas respectée : l'institut bouddhiste de Serthar a été détruit, la plupart des leaders religieux ont dû s'exiler... De plus, les manifestations des tibétains sont contrôlées, et parfois très violemment réprimées.

La situation du Xinjiang est moins médiatisée, mais elle est au moins aussi préoccupante. Sous couvert de lutter contre le terrorisme (alors qu'aucune violence terroriste n'a été répertoriée ces dernières années) le gouvernement interdit notamment la langue ouïgoure à l'université et l'enseignement de l'Islam aux mineurs.

undefinedOlympic Watch dénonce le non respect des droits de l'Homme en Chine à la veille des JO 2008 de Pékin (www.olympicwatch.org/).


A cinq mois des JO de pékin, on constate que la Chine fait des efforts ostensibles pour s'améliorer sur le plan des Droits de l'Homme à coup de signatures de traités et de réformes. Mais ces réformes ne changent finalement que peu de choses (centralisation des jugements en appel des condamnations à mort à la Cour Suprême nationale...).

La question est alors de savoir si il est normal ou non de choisir Pékin comme ville Olympique. Alors que l'on serait en droit d'attendre que les autorités supranationales invoquent le droit d'ingérence pour s'immiscer dans les affaires intérieures de la Chine, on constate qu'elles préfèrent ainsi l'encourager à aller sur la voie du respect des droits de l'homme, au risque de légitimer sa place dès à présent parmi les grandes démocraties modernes. Est-ce un signe de diplomatie intelligente et d'optimisme de la part des dirigeants de la planète, ou est ce que cela prouve que Napoléon Ier était plus lucide que cynique lorsqu'il déclarait que "la guerre ne se fait jamais pour des idées, mais toujours pour des intérêts" ? Notons que la Chine n'a pas de puits de pétrole qu'il serait confortable de contrôler, mais qu'elle représente un marché potentiel immense qu'il faut courtiser.

Logo publié avec l'accord d'Olympic Watch

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Publié dans Economie - Société

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O
Ces jeux font vraiment figure de mascarade!Peu à peu les valeurs de l'Olympisme disparaissent. On voit bien que depuis Atlanta, le business est omni présent dans ce milieu.Quel dommage...
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